Produire du vin à Belle-Île-en-Mer, c’est l’histoire d’un projet audacieux et semé d’embûches, initié par Bernard Malosi, directeur technique du domaine détenu par le milliardaire Christian Latouche (groupe Fiducial). L’idée germe depuis une quinzaine d’années, et le projet voit enfin le jour au printemps 2021, malgré de nombreux obstacles. Dès ses débuts, le projet doit faire face à une forte opposition locale, notamment des propriétaires de résidences secondaires et d’une association qui lancent une pétition contre ce qu’ils perçoivent comme une privatisation de la côte sauvage.
Malgré les controverses et une enquête publique très médiatisée, le préfet du Morbihan autorise finalement l’exploitation de 11,7 hectares de vignes en agriculture biologique au sud de l’île à l’automne 2021, suivant l’avis favorable du commissaire enquêteur. Bien que les opposants tentent un recours devant le tribunal administratif, celui-ci est rejeté.
Un vignoble insulaire en plein développement
Les premières vignes sont plantées il y a trois ans au lieu-dit Le Petit Cosquet, sur la commune de Bangor, avec 1,6 hectare de chardonnay et un hectare de savagnin, cépage emblématique du Jura. Grégory Debruyne, ancien maraîcher bio et responsable des plantations, espère atteindre un rendement d’environ trente hectolitres, avec un projet totalement insulaire de la culture à l’embouteillage.
Les défis ne manquent pas : au-delà des aléas climatiques, le principal ennemi des vignes est le faisan, une espèce invasive avec une population estimée à près de 20 000 spécimens sur l’île. Ces oiseaux causent des dégâts importants sur les cultures, obligeant l’équipe à mettre en place des filets de protection, des effaroucheurs visuels et à solliciter ponctuellement des chasseurs pour limiter leur impact.
Un avenir prometteur pour le vin de Belle-Île-en-Mer
D’ici 2026, le domaine espère atteindre les 11,5 hectares de plantations avec des cépages diversifiés tels que la syrah, le viognier, le chenin, le chardonnay, le savagnin, et le cabernet franc prévu pour avril prochain. Ces variétés permettront de créer des assemblages uniques, possiblement marqués par les arômes typiques de Belle-Île, rappelant les senteurs de genêt et d’ajonc, similaires aux vins de Provence évoquant la garrigue.
Cette aventure viticole à Belle-Île-en-Mer marque le début d’un projet exceptionnel, entre défis naturels et passion pour le terroir, avec l’ambition de produire des vins singuliers et empreints de l’identité insulaire.







